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 Railissimo, magazine de la SNCB (1999)

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Sylbao
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MessageSujet: Railissimo, magazine de la SNCB (1999)   8/5/2009, 01:13

Entretien avec Nusrat Ahmad


Amélie Nothomb et le surréalisme bruxellois



Elle se dit l'héritière du surréalisme belge, aborde le monde avec ironie et dépeint dans ses romans des relations humaines plus que torturées. Exploration de Bruxelles en compagnie d'une femme-écrivain suscitant les réactions les plus controversées.

Amélie Nothomb n'écrit pas un livre, elle " l'enfante ". Et lorsqu'elle " tombe enceinte " de son futur roman, elle s'enferme et écrit frénétiquement jusqu'à l'heure de la délivrance. A la main et sur de vieux cahiers recyclés à petits carreaux.

AN : Il n'existe pas de moyens contraceptifs pour ce genre de grosse-là. Une fois que je suis enceinte, il n'y a pas d'autre solution que d'accoucher. Mes bébés sont parfois très vilains ou anormaux mais ils naissent toujours.

Son dernier roman, " Stupeur et Tremblements " sortira - et c'est presque devenu une tradition - en automne tout comme les précédents. Il relate une expérience un peu particulière que l'auteur à personnellement vécue au sein d'une société du travail japonaise.

Amélie Nothomb a grandi en Extrême-Orient.
Aujourd'hui, succès oblige, son planning, chargé, est réparti entre Paris et Bruxelles. Pourtant, elle se sent profondément liée à la capitale belge qui, pour elle, est " une ville de l'amitié et de l'inspiration ".

AN : Il n'y a aucun autre endroit où j'éprouve tant de plaisir à écrire confortablement installée dans mon appartement bruxellois, dans le creux de mon fauteuil. C'est aussi ici qu'habite ma meilleure amie, ce qui n'est pas négligeable. Et puis, à Bruxelles, on me fiche une paix royale. J'adore venir m'y ressourcer.

Mais pourquoi cet amour particulier pour Bruxelles alors que vous avez vécu dans tellement de contrées lointaines qui font rêver ?

Je ne sais pas. C'est indéfinissable. Il y a quelque chose ici… Un climat surréaliste. Les rues sont pleines de fous, de demi-fous, qui ne sont pourtant pas dangereux. Seulement un peu bizarres. Ils sont à la limite exacte où on les laisse encore en liberté. C'est vraiment le style à se balader avec un entonnoir sur la tête. A force de les croiser, je leur ai donné un surnom. Il y a le " Fou du 71 ", un homme d'un certain âge qui chante des chansons d'amour dans le bus. Il ne demande pas du tout la charité. Il chante, c'est tout. Et puis il y a les fous de la place Fernand Cocq. Un jour, l'un d'entre eux s'est pris pour un agent de police. Il avait décidé de faire la circulation et menaçait, à tout moment, de finir écrasé par une voiture. Alors, je l'ai sauvé en lui disant : " Monsieur l'Agent, c'est votre jour de congé aujourd'hui ! ".
Il y a encore cette espèce de joggeur fou, à Ixelles, qui court presque tout nu, même en plein hiver. Il y beaucoup de cas de ce genre à Bruxelles et j'adore ça. C'est fascinant.

Et si l'une de vos connaissance venait vous rendre visite, que lui montreriez-vous ?

J'essaierai en tous cas d'éviter les lieux communs, comme la Grand'Place ou le Manneken Pis. Je préfère plutôt montrer Jeanneke Pis, à l'Impasse de la Fidélité, parce que c'est moins connu. D'un point de vue architectural, il y a des endroits fabuleux à Bruxelles. Je ne peux pas tous les citer. Il y a l'ancien Old England, près de la Place Royale. C'est un superbe bâtiment. De même que le musée Horta. C'est à Bruxelles qu'est né le Style Moderne et je suis assez fière quand je peux le rappeler. C'est peut-être une usurpation de ma part de dire que je suis Bruxelloise mais je suis très fière de l'être. The Old England

L'architecture mise à part, y a-t-il d'autres choses qui vous lient à cette ville ?

Un ancien tram bruxellois Oui, les trams. J'éprouve une tendresse et une sympathie profondes pour les trams bruxellois en particulier. Je trouve qu'ils ont un charme fou. Si des amis viennent me rendre visite, je leur montre un dépôt de trams, qui se trouve tout près de chez moi. Ils ne comprennent pas pourquoi, mais ce n'est pas grave, je leur montre quand même. D'autre part, observer les gens dans les trams représente l'une de mes grandes sources d'inspiration.
Et puis, comme les nuits sont de véritables calvaires pour moi parce que je n'arrive pas à dormir, j'attends impatiemment le crissement des premiers trams qui partent, en général, vers 5h30 du matin. C'est pour moi le signal de la libération, le moment où je pourrai enfin me lever.

Lorsque vous n'arrivez pas à dormir, sortez-vous tard le soir ? En boîte, par exemple ?

Non, je ne suis pas très " boîte ". Je les fréquentais volontiers en Extrême-Orient, mais ici, je les trouve extrêmement décevantes parce que ce sont des endroits peu sympathiques où on va pour frimer…

Apparemment, vous n'aimez pas tout ce qui est frime ou snob ?

J'ai horreur de ça. Et surtout de ce qui est branché. Franchement, cela me donne des boutons ! En fait, plutôt que de sortir en boîte, je préfère aller boire un verre avec des amis dans un café. Il y a plein de cafés sympas à Bruxelles. La Mort Subite est, pour moi, le café emblématique de la ville. Beaucoup de légendes y sont nées ou y circulent. Il y en a un autre que personnellement, j'aime beaucoup : la Tourelle, situé Boulevard Général Jacques. L'atmosphère y est simple et sympathique mais ce sont surtout les serveurs que j'apprécie. Ce sont carrément devenus des amis. On y mange les meilleurs spaghettis aux piments et comme j'aime ce qui est fort… Sinon, j'aime assez le Cercueil. C'est un bar où il fait sombre, les tables sont en forme de cercueil et on y boit des cocktails aux noms épouvantables dans des verres en forme de crâne. Je trouve cela très rigolo.

On y mange aussi ?

Non, mais un endroit où j'adore aller manger, c'est le fritkot de la place Flagey. Je prétends que ce sont les meilleures frites de l'univers.

D'autres préfèrent pourtant celles du fritkot de la place Jourdan.

Ah, c'est la grande rivalité de Bruxelles. Au temps de Roméo et Juliette, à Vérone, il y avait l'opposition entre les Montaigu et les Capulet. A Bruxelles, cette même rivalité existe entre les tenants du fritkot de la place Flagey et ceux de la place Jourdan. Moi, je suis une inconditionnelle du fritkot Flagey.
L'Ultime Atome, situé rue Saint-Boniface je crois, est aussi l'un de mes endroits de prédilection. J'y vais, en général, pour déguster une Rodenbach. Pour moi, c'est la meilleure bière parce qu'elle évoque le vin. Cela prouve que je n'aime pas vraiment la bière…

Quand vous n'écrivez pas, à quoi occupez-vous votre temps libre ?

Je lis beaucoup, presque autant que j'écris. A côté de cela, je vais beaucoup au cinéma. Lorsque j'étudiais à l'Université, j'allais voir un film par jour. C'est pour vous dire que j'allais tout voir - même les commerciaux -, de Bergmann aux films américains. Et j'ai gardé ce côté omnivore en matière de cinéma. Je suppose que cela provient du fait que lorsque je suis arrivée en Europe à 17 ans, j'étais seule. Je n'avais pas d'amis.
Pendant longtemps, pour m'occuper, j'allais au cinéma. Et j'en suis rapidement devenue une fan. D'autant plus que c'était la seule culture européenne abordable pour moi. Avant, je ne connaissais celle-ci qu'à travers la littérature classique. Alors, j'essayais de découvrir l'Europe plus actuelle à travers le cinéma. En général, je vais aux cinémas UGC.
Le Kinépolis est bien trop loin et comme je ne conduis pas… Le Movie Club
Par contre, il existe encore un bon vieux cinéma à Bruxelles, le Movy, non loin de la gare du Midi. C'est probablement un des derniers cinémas au monde fonctionnant encore au charbon de bois et cela donne une image d'une qualité très particulière.

La Belgique est réputée à l'étranger pour ses couturiers et leur style si particulier. En ce qui vous concerne, les gens vous imaginent comme quelqu'un d'excentrique. Accordez-vous de l'importance à votre look ?

Elvis Pompilio, rue du Lombard à Bruxelles C'est rarissime de me voir dans un magasin parce que cela m'embête terriblement de faire du lèche-vitrines. Paradoxalement, je ne suis pas totalement indifférente au look. Donc, de temps en temps, je me prends par la peau du cou et à coups de pied dans le derrière, je me conduis dans les magasins pour ne pas être habillée exactement de la même façon 365 jours par an. Mon truc, c'est plutôt de diversifier les chapeaux parce que j'ai remarqué que quand je porte un chapeau, les gens ne regardent pas ce qu'il y a en-dessous.Il me répugne de dépenser beaucoup d'argent pour ma tenue mais les chapeaux sont les seuls éléments pour lesquels je concède à faire une exception. Et pour cela, j'aime aller chez Elvis Pompilio, rue du Lombard. Pour le reste, j'ai de plus en plus tendance à acheter mes vêtements chez H&M.
Je sais que les gens me voient plutôt comme une grande excentrique et, franchement, je ne sais pas si j'en suis une. En tout cas, je ne le fais pas exprès. Je n'ai rien contre l'excentricité et si on me qualifie de telle, je trouve ça plutôt marrant.


Merci à Benjamin Thiry.
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