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 Ecrire en Etat d'Ebriété

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Sylbao
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MessageSujet: Ecrire en Etat d'Ebriété   8/2/2009, 07:33

Essayer, c’est facile… Il vous suffit d’une feuille et d’un crayon. L’écriture provoque une ivresse moins onéreuse, plus voluptueuse et plus durable que l’autre, l’éthylique. Trip garanti.

Sans l’une ou l’autre forme d’ivresse, la vie n’est pas tolérable. De toutes les ébriétés, l’écriture est la plus réussie. Non que j’aie quelque chose contre la boisson, bien au contraire ; mais l’ivresse éthylique exige les meilleurs alcools ou les meilleurs vins, et surtout la meilleure compagnie, quand l’ivresse scripturale n’exige rien, ni présence particulière, ni matériel de qualité : du papier recyclé, un stylo-bille, c’est parfait. Plus que jamais, qu’importe le flacon, puisque le flacon, c’est soi-même, carcasse sans intérêt.

A "alcoolémie" égale, l’ébriété par écriture est plus intéressante, plus voluptueuse, plus forte et plus durable. Elle est certes plus dangereuse pour notre propre vie, mais elle ne met pas en péril la vie d’autrui, surtout si l’on n’est pas lu, but facile à atteindre.

Le mode d’emploi est simple : il faut écrire. Pour cela, inutile d’attendre la chimérique inspiration. On se lève le matin, on se prépare une belle dose d’excitant légal, thé ou café, que l’on absorbe sans tarder. Ensuite, on ne pose pas de question, on s’y met. Dans un premier temps, la seule chose qui compte est d’amorcer la machine.

Inutile de rechercher la fulgurance : on fait tourner son moteur dans l’espoir que crépite l’étincelle espérée. Si l’on se comporte honnêtement, sans état d’âme, comme la très humble mécanique que l’on a conscience d’être, les poudres ne tarderont pas à prendre feu.

On roule. D’abord lentement. On est déjà tellement étonné et content d’avancer : pourquoi irait-on vite ? Grâce au moteur à explosion, l’impression d’effort disparaît rapidement : les déflagrations internes se poursuivent sans que l’on s’en rende compte, à un rythme soutenu. On voit défiler le paysage.

Soudain, la machine s’emballe : l’implosion gagne le cerveau. Ça y est, on est ivre. Dans la tête, cela déferle. L’excitation est intense, la pression folle. On voudrait que cet état soit éternel : avec un peu d’expérience, on peut au moins le faire durer. Il faut continuer à écrire : on peut se laisser aller à la griserie de la vitesse, si l’on est sûr de son véhicule.

La seule condition pour s’abandonner à l’ébriété scripturale est celle-ci : il est interdit de s’y croire. Ne jamais oublié que l’on est un flacon, point final. On a vu trop de débutants prendre le volant de l’écriture et s’imaginer que les belles mécaniques pétaradantes étaient une émanation de leur moi profond. Se rappeler que tout ceci est soûlographie et remercier à chaque seconde la muse ivresse : si l’esprit est capable de larguer les amarres, c’est uniquement grâce à elle.

Si l’on se souvient sans cesse de son néant et de sa dette envers la muse des états extrêmes, on peut écrire des pages, des heures, on peut se beurrer, se torcher, s’imbiber à fond : on n’aura jamais la gueule de bois.

Le Figaro Madame
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