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 Fémina (2010)

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Sylbao
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MessageSujet: Fémina (2010)   22/8/2010, 13:36

Dans Une Forme de Vie, elle correspond avec un soldat américain en Irak et se dévoile beaucoup.
Amélie est toujours originale et attachante.





Comment vous est venue l'idée de ce roman ?

Ce qui m'a mise enceinte de ce livre, c'est un article de journal lu dans ma chambre d'hôtel à Philadelphie en février 2009, qui faisait état d'une épidémie d'obésité dans l'armée américaine à bagdad. J'étais sidérée, car je ne comprenais pas le lien. J'ai réfléchi, et il m'a semblé infiniment naturel, pour en parler, de commencer une correspondance fictive avec un soldat américain et d'imaginer sa vie.



Il vous écrit qu'il pourrait se "tuer de nourriture" ?

Sa résistance à lui va consister à s'entourer d'un rempart de chair monstrueuse. Il veut devenir opaque. C'est un acte de protestation contre la guerre. Au début, il est horrifié par son obésité mais, quand il constate qu'il est tout à fait incapable de maigrir, il décide d'en faire un acte significatif, et même d'en tirer une forme d'art.



La boulimie et l'anorexie sont des termes qui reviennent souvent dans vos romans...

Ce sont des troubles alimentaires qui veulent dire quelque chose. Pendant ma très longue adolescence, avoir un corps, et Dieu sait si ce corps était banal, me paraissait un enfer. L'anorexie était une façon pour ma sœur et moi de refuser de grandir, étant donné qu'à nos yeux la seule chose qui aurait pu nous séparer, c'était devenir adultes. Après, c'est un engrenage, une maladie mentale et physique. L'écriture a été mon salut. À 22 ans, j'en suis sortie. Le seul message d'espoir que j'ai à apporter à l'humanité, c'est que l'on peut guérir de tout cela.



Il y a énormément de solitude et de souffrance chez votre soldat...

C'est une chose terriblement contemporaine. On nous impose d'avoir tel ou tel corps, d'être normé sous peine d'être rejeté. S'il y a autant de gens qui vivent derrière leur ordinateur, c'est que cela est devenu pour eux la seule façon de ne pas se sentir monstrueux dans le regard des autres.



Vous correspondez beaucoup avec vos lecteurs comme avec votre héros...

La correspondance entre deux êtres est "une forme de vie". Quand on reçoit une lettre merveilleuse, et la majorité de celles que je reçois le sont, on ne peut réprimer cet élan du coeur qui fait répondre avec le même enthousiasme. J'ai beaucoup vécu à l'étranger et j'ai longtemps été seule. De 10 à 17 ans, quand je vivais dans le Sud-Est asiatique, j'étais "suspendue" à ma boîte-aux-lettres qui restait désespérément vide. Depuis, j'ai gardé un rapport extrêmement fort avec elle. (rires) Maintenant je ne suis plus seule du tout, elle explose, je reçois trop de lettres et parfois certaines sont problématiques...



Que voulez-vous dire ?

Souvent des choses arrivent sans prévenir. Peu à peu, une dépendance s'installe, comme dans le livre. Il me faut parfois interrompre une correspondance? Il y a aussi le problème du "dingue", quand on s'aperçoit, après plusieurs années, que la relation s'envenime. Cela serait trop simple si les déséquilibrés mettaient en tête de leurs lettres : "Attention ! Je suis un fou furieux."



Ces lettres échangées à l'époque d'internet, ce n'est pas dépassé ?

Mais si ! Je suis une ringarde absolue. Vous avez Cro-Magnon en face de vous. Je ne possède pas d'ordinateur. Internet, on n'en parle même pas ! Je n'ai pas de portable. J'écris au stylo à bille sur des cahiers. Je préfère dis mille fois recevoir une lettre avec tout le mystère que cela suppose et le charme d'une écriture manuscrite. Dès qu'une personne prend du papier et un stylo, c'est fou comme le langage est plus beau. Je veux croire que, dans vingt ans, on recevra encore des lettres d'amour.



Pourquoi appeler vos livres des "enfants de papier" ?

Je n'ai jamais été enceinte, mais je trouve que c'est la métaphore qui convient le mieux. Écrire est un acte total, aussi bien physique que spirituel. Il y aussi cette absence de choix. Je tombe enceinte d'un livre qui va s'imposer à moi. Comme les bébés, il y en a des beaux et des moches, mais on les aime autant. Je suis allée au terme de toutes mes grossesses, et là, j'en suis à ma soixante-neuvième. Même si je décide de n'éditer qu'un quart de mes livres.



Publier chaque année un livre qui marche, cela vous rassure-t-il ?

Je suis mortellement inquiète. Je ne suis jamais comme un séducteur en terrain conquis. Ecrire est un bonheur considérable, mais avoir du succès est à double tranchant. A chaque livre, il me faut continuer à plaire à mes lecteurs. C'est comme dans un couple, sauf que là, il s'agit de ne pas décevoir des milliers de personnes. Tout ce qui apporte un grand bonheur dans la vie crée une nouvelle angoisse.



Pourtant, vous avez dit avoir été vaccinée contre la méchanceté par votre grand-mère...

La première fois qu'elle m'a vue, j'avais 17 ans et j'étais mal dans ma peau à un point inexprimable. Elle m'a dit : "Ma petite, j'espère que tu es intelligente parce que tu es tellement laide !" Cela m'est rentré au fond de l'âme et m'a détruite en miettes. Mais tout ce qui fait du mal fait aussi du bien. Quand les critiques ont été durs avec moi, je me suis demandé : "Est-ce que cela te fait vraiment plus mal que ce que ta grand-mère t'avait dit ?" D'une certaine manière, cela m'avait donné de la force.



Vous êtes restée proche de votre famille ?

J'ai avec ma sœur, depuis toujours, une relation qui est plus forte que tout. Mon frère est celui qui a "réussi" dans la famille. Il a un poste important, sept enfants que j'adore. Je lui en sais gré car, grâce à lui, mes parents ont plein de petits-enfants, ce qui me rend plus libre. Ils sont très contents de ce que je fais. Quant au reste de la famille, pour eux, une femme qui n'a pas de vrais enfants est une femme qui a de gros problèmes ! (rires)



Avec la sortie du livre, vous faites une pause ?

Vous plaisantez ! Le lendemain du jour où j'ai fini un accouchement, je recommence.
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De Merteuil
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MessageSujet: Re: Fémina (2010)   28/8/2010, 00:27

Mouahaha !!

Et hop elle remet ça !!
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Fémina (2010)
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