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 Le Vif, L'Express

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Sylbao
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MessageSujet: Le Vif, L'Express   9/2/2009, 00:59

Entretien: Emmanuelle Jowa et Elisabeth Mertens en 2001.

L'enfant ascétique n'est pas loin, mais la lectrice omnivore et la pondeuse inspirée ont eu raison de quelques-uns de ses démons. L'inclassable Amélie Nothomb jette un regard limpide et caustique sur un passé de mal-aimée, sur un présent de star choyée et chahutée, sur la métaphysique des best-sellers. A la veille de la sortie de son 10e roman - le 41e si l'on compte un redoutable trésor de récits non publiés -, l'écrivain prolifique décortique son tracé. Avec une grâce illimitée. Elle nous attend, près d'une maisonnette de campagne, assise sur une pierre au bord de la route, "pour nous montrer le chemin". Elle a les joues pleines, une silhouette rectiligne, plus élevée qu'attendu, une crinière d'Ophélie, un regard couleur lac exempt de tout maquillage, de grosses bottines et un charisme furieux. Elle arbore un tee-shirt "Royaume du Cambodge", offert par son père, ce héros. Avec ce fameux rire enlevé, elle commande une eau "avec beaucoup de bulles", et s'exprime en toute liberté et simplicité, à des années-lumière de l'affectation qu'on lui prête parfois.

Le Vif/L'Express: Vous suscitez, c'est le moins qu'on puisse dire, des réactions fortes, très partagées, voire extrêmes.

Amélie Nothomb: C'est vrai, c'est soit l'enthousiasme et l'adoration, soit, au contraire, le scepticisme ou l'abomination pure et simple. Pour chacun de mes 9 romans - et sûrement aussi pour le 10e, à paraître - j'ai eu des détracteurs très violents, qui me rassurent. Là, je me dis: ça va, on reste dans la normalité... Mais, vous savez, déjà que l'on ait remarqué mon existence est pour moi un miracle constant. Alors, je ne vais pas faire la difficile! Je passe mon temps à écarquiller les yeux, et cela fait neuf ans que ça dure... Imaginez deux secondes que cela vous arrive à vous. On reste bouche bée, on se demande ce qui se passe. Déjà le fait qu'un éditeur ait voulu de moi! Je trouve même remarquable qu'on dise du mal de moi; que j'existe aux yeux de tous ces gens. Quand j'étais adolescente, je faisais des pieds et des mains pour qu'on me remarque. Personne ne s'apercevait de mon existence, et surtout pas les garçons: on ne peut pas les empêcher d'être idiots! (rire ample). Maintenant, tout le monde me regarde. Et je continue à me dire que c'est une méprise. Je me dis que, tout à coup, ils vont s'apercevoir que je n'existe pas du tout, qu'ils se sont trompés, qu'ils vont voir leur erreur un jour ou l'autre! Pourvu que ce ne soit pas trop vite...


Comment expliquez-vous ce succès phénoménal?

Je ne maîtrise rien de tout cela. Peut-être est-ce un malentendu, j'espère que non. La seule explication que j'ai pu trouver à tout ce bruit - mais en est-ce une? -, c'est que mes livres autorisent plusieurs degrés de lecture. On peut en faire une lecture extrêmement simpliste ou très intellectuelle, et ça marche très bien. On écrit des thèses universitaires sur moi, mais il y a aussi beaucoup d'adolescents qui n'ont pas forcément un grand bagage derrière eux qui me lisent - et leur lecture n'est d'ailleurs pas "inférieure". Quant à ces thèses, certaines me prêtent des intentions d'une profondeur infinie. On dit, par exemple, "elle a prénommé son personnage Nina parce que c'est le premier nom de déesse mère dans la mythologie mésopotamienne". Alors que je l'ai prénommé Nina parce que j'ai commencé à écrire mon livre le 14 janvier, jour de la Sainte-Nina! Cela dit, je suis bouleversée de voir que des gens s'investissent à ce point dans mon travail.


Vous avez toujours vendu vos livres à 100 000 exemplaires, ce qui est déjà énorme. Mais, avec Stupeur et tremblements, vous avez "cartonné" à plus de 430 000. En quoi cette gloire foudroyante a-t-elle transformé votre vie?

D'abord, moi qui suis d'un naturel plutôt aimable et confiant, j'ai dû apprendre à me protéger quelque peu. Un jour, j'ai retrouvé un homme tout nu, devant ma porte à Bruxelles. Il était animé des plus délicieuses intentions: il venait s'offrir. Je l'avais déjà vu auparavant à des séances de signature à Chartres et l'avais trouvé tout à fait charmant. De là à penser qu'il prenne le train Chartres-Bruxelles pour cela! Ensuite, j'ai dû me faire aux médias, en particulier en France, où les choses sont beaucoup plus dures. On y a toujours l'impression que le journaliste essaie de vous "attraper". Et c'est vrai. Comment analyser cela? Peut-être est-ce le plaisir de déstabiliser les gens? Est-ce une jalousie de l'intervieweur par rapport à l'interviewé ou tout simplement une sorte de grand mépris généralisé? On dirait que le journaliste méprise la personne qu'il interviewe qui, elle, méprise le journaliste tout en méprisant le public... Par ailleurs, il est drôle de voir, surtout à Paris, combien le comportement des gens change quand vous passez de 100 000 à 400 000 exemplaires. J'ai même eu l'impression, ou alors c'est ma paranoïa, que le ton de la voix et la courtoisie changeaient de semaine en semaine en fonction de la place dans les tables de ventes. La politesse, là-bas, c'est la Bourse.


A la lecture d'Hygiène de l'assassin, tout journaliste normalement constitué doit être tétanisé à l'idée de vous interviewer?

Quand j'ai écrit le livre, jamais de ma vie je n'avais rencontré de journaliste. Heureusement et rarissimement, on m'a forcée depuis à me retrouver dans le rôle de l'intervieweuse. Et ça m'a appris qu'il est épouvantablement difficile de poser des questions à quelqu'un. Cela m'inspire une certaine indulgence!


Avez-vous jamais souhaité ne pas être lue, comme c'est le cas pour Prétextat Tach, le romancier de Hygiène de l'assassin?

De 17 à 23 ans, j'ai eu zéro lecteur. Je me disais: "Ces gens qui écrivent pour être lus, c'est tellement vulgaire!" Après, mon livre a été publié. J'étais très fière, mais j'avais peur de perdre mon bonheur secret d'écrivain. J'ai découvert que je m'étais trompée. Même si, bien sûr, on reçoit des lettres parfois tellement humiliantes qu'on aimerait indiquer au dos du livre "Interdit aux gros cons"! A côté de ça, j'ai rencontré des gens merveilleux, qui ont vibré à travers mes livres et me connaissent mieux que mon frère me connaît. Quel gain de temps, de profondeur! C'est formidable. Mais, lorsque, dans le métro, je vois quelqu'un qui me lit, je ressens à la fois de la fierté et de l'horreur. Je me dis: "Pourvu qu'il ne me voie pas!" En même temps, je l'observe: est-ce qu'il bâille? Mais, ce qui domine, c'est la panique. Je mets des choses tellement intimes dans mes livres, et on lit ça, c'est affreux! C'est d'une impudeur épouvantable! Et, aussi, une obscure jouissance... Cela dit, au moment où j'écris, je suis tellement dans mon truc que j'ai peine à imaginer que ça va être lu. Ce qui est vrai d'ailleurs, puisque, dans la plupart des cas, je ne suis pas lue: je ne publie qu'un quart de ce que j'écris.


Vous publiez un roman par an, avec une régularité de métronome. Est-ce une contrainte?

Non. On ne peut pas dire que ce soit mon éditeur qui me fouette. Il se trouve que ça m'arrange bien. D'abord, j'ai de quoi, puisque je suis en train d'écrire le 41e roman, et je n'en ai publié que 10. Le fait d'avoir un rythme qui correspond à l'année scolaire me désangoisse, me calme. J'aime cet aspect "rentrée des classes". C'est idiot, mais ça rythme ma vie.


Pourquoi ces 30 romans restent-ils dans vos tiroirs?

Parmi ceux-là, il y en a que je n'ai pas l'intention de publier, soit que je les trouve mauvais, soit que je les trouve beaucoup trop intimes, soit, pour une raison plus difficile à analyser, que j'ai l'impression qu'ils ne s'adressent à personne. Je garde mes bébés et je ne les montre qu'au compte-gouttes! Il y a un autre argument, c'est celui des chiffres. J'ai 34 ans et publier plus de 10 livres, ça serait quand même un peu malsain, non? Certains me reprochent déjà d'en publier trop!


Vous enfantez dans la douleur?

Non, dans l'excitation et dans l'angoisse. Je me sens tout le temps sur la frontière entre l'endroit où il y a encore du sens et là où, tout à coup, on verse dans la folie pure. Or c'est une illusion romantique de croire que la folie non maîtrisée est intéressante. Cette métaphore de l'accouchement est pour moi la meilleure. Une fois que mon livre est terminé, il sort de moi, je coupe le cordon et je n'y touche plus. Je suis comme une mère de famille nombreuse: "Ah! Il y a mon petit 41e qui me fait une rage de dents, etc."


Vous n'aviez nullement, dites-vous, anticipé cette carrière ?

J'ai commencé à écrire à mon arrivée en Belgique, à l'âge de 17 ans. J'ai écrit des romans que je n'aurais jamais osé montrer à quiconque s'il n'y avait eu le cuisant échec japonais de 1990, cette grande gifle que j'ai vécue et que je raconte dans Stupeur et tremblements. J'ai étudié la philologie romane à l'ULB, mais je n'avais aucune intention d'être prof. J'en serais d'ailleurs incapable. J'ai fait ces études pour avoir une identité européenne, puisque, jusque-là, je n'avais jamais mis les pieds en Europe - et aussi parce que j'ai un grand attrait pour la littérature et la langue française, tout comme pour le latin et le grec. Mais, pour moi, ma destinée était tracée: je voulais retourner au Japon et y vivre. On a vu ce que ça a donné. Je me suis donc dit, au retour: "Allez! Si tu essayais de faire quelque chose de ces manuscrits?"


Stupeur et tremblements est donc une magnifique revanche?

Je ne prends pas ça comme tel. Je l'ai écrit en 1998, longtemps après les faits, lorsque l'humiliation était vraiment dépassée. La revanche, c'est, somme toute, ma belle aventure littéraire. Et, la démarche ultime, avec ce livre, c'était de comprendre enfin ce qui s'était passé, de décrypter ce mystère personnel.


L'ouvrage a-t-il eu un écho au Japon?

Oui. Ce qui est déjà extraordinaire, c'est qu'ils l'ont traduit. Si j'avais écrit un tel livre sur la Chine, la Chine ne l'aurait jamais traduit. Il a fait grand bruit. Les chefs d'entreprise se sont indignés, mais il s'est trouvé des petits employés pour dire que ce n'était pas de la fiction. Ce qui n'empêche que, dans l'âme, je suis restée une petite employée japonaise, et je préfère ne pas savoir ce que mes supérieurs ont pensé de ce livre.


Observer le mystère des comportements humains est l'essentiel de votre oeuvre...

Pour Stupeur et tremblements, il s'agissait d'un mystère personnel. Parfois il s'agit d'un mystère qui concerne simplement l'humain en général, comme dans Les Catilinaires: un fait récurrent, celui de l'importun qui s'impose sous son pire visage, qui ne déloge pas. Qu'en faire ? C'est un grand mystère. Cosmétique de l'ennemi, mon nouveau roman (NDLR: lire page ), s'en rapproche. Ça démarre sur le même thème, sauf que, là, c'est un importun qui parle. Dans tous mes livres, on retrouve ce rapport avec l'autre, vu sous un angle conflictuel. On met des êtres humains ensemble et ça tourne mal - avec une nuance pour Cosmétique de l'ennemi, dont je ne dévoilerai pas le suspense! Cela dit, l'être humain seul, c'est encore pire!
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MessageSujet: Re: Le Vif, L'Express   9/2/2009, 00:59

Dans Le Sabotage amoureux, il y a ce regard admiratif porté sur cette fillette italienne splendide et méprisante. Idem dans Stupeur et tremblements, avec la fascination pour une supérieure cruelle.

Par une sorte de magie humaniste, je maintiens ma candeur admirative, tout en analysant certains mécanismes sordides... C'est un double regard que l'on retrouve beaucoup dans mes lectures, pour autant que je puisse en parler: un regard à la fois lyrique et caustique. J'ai un style paranoïaque. Ma première réaction est souvent l'admiration, la stupéfaction naïve et, tout en même temps, un diable me dit: "Tu ne vas tout de même pas marcher là-dedans!" Par exemple, je me dis simultanément: "La cérémonie du thé, au Japon, quelle splendeur, quel raffinement!" et "Quelle histoire pour une bête tasse de thé!" Regardez, même Prétextat Tach (NDLR: l'écrivain de Hygiène de l'assassin), qui est terriblement cynique, est pris de temps en temps au piège de son propre lyrisme. L'impression que j'ai, c'est qu'il y a des mètres cubes d'opacité entre mon inconscient et moi. Or c'est avec mon inconscient que j'écris. Je n'ai jamais fait de psychanalyse, et pourtant, il y aurait largement de quoi! Ça me fait très peur. Mais une autre peur s'ajoute à cette peur: est-ce que je pourrais encore écrire? Peut-être que, si quelqu'un venait fouiller dans tout ça, il n'y aurait plus rien tout à coup.


Votre fascination pour les fruits pourris fut longtemps une sorte de marque de fabrique médiatique.

Étant totalement incapable de cuisiner et ayant, c'est vrai, un certain goût pour la pourriture végétale, je mange énormément de bananes et de raisins pourris, ça n'a rien d'extraordinaire. Qu'est-ce que le vin? De la pourriture noble. Qu'est-ce que la choucroute ou le roquefort? Je n'ai pas l'impression d'avoir inventé quelque chose. J'ai eu la bêtise de répondre la vérité à une question qu'on m'a posée, en 1992: "Que mangez-vous?" Si j'avais su que ma réponse allait me valoir tout ça, j'aurais dit "des spaghetti" et on m'aurait fichu la paix. Parmi les milliers de questions qu'on m'a posées, c'est celle-là qui a fait du tapage. Cette affaire de fruits pourris ne me paraît pas la plus intéressante, mais, au demeurant, je ne la récuse pas du tout. Cela dit, cette fascination-répulsion pour la nourriture remonte à très longtemps. Je suis arrivée à 11 ans au Bangladesh et j'ai découvert que la nourriture était l'enjeu de luttes sans merci. Là-bas, la question principale, c'est manger ou ne pas manger. Après, je suis devenue anorexique. C'est quand on cesse de manger qu'on commence à comprendre ce qu'est la nourriture. Manger était devenu le mal, une torture. J'ai eu beaucoup de problèmes avec la nourriture et, si j'en suis si bien sortie, c'est grâce à l'écriture. Qu'est-ce qu'on m'a détestée quand j'ai cessé de manger! Et, bizarrement, encore plus quand j'ai recommencé à manger. Je croyais qu'on allait me pardonner, me dire "Bienvenue parmi les vivants!", eh bien pas du tout! C'est très étrange. Maintenant, même guérie, il y a encore une certaine imprégnation. Lorsque j'écris, je ne peux pas manger. Le thé est le seul carburant qui met le feu à mes poudres.


Vous dites prolonger l'enfance grâce à l'écriture. Qu'est-ce qui vous retient dans ces premières années ?

Je fais partie de ces fossiles complètement accrochés à leur enfance. Il me semble que c'est l'âge où on ressent les choses dans toute leur plénitude, qu'elle soit atroce ou bienheureuse. Une fois adulte, il faut accepter toutes sortes d'affadissements. J'ai vécu ma propre entrée dans l'âge adulte comme une perte de la dimension mythique, épique de la vie. En me disant qu'il allait falloir se trouver une place sociale, ne pas être ridicule, être montrable, gagner de l'argent, toutes choses lamentables et pas très intéressantes.


"Entre montrable": la question de la beauté et de la laideur physiques est très présente dans vos ouvrages. Dans vos trois derniers romans toutefois, cette obsession de la difformité semble avoir disparu.

Mercure est allé si loin dans le terme de la synonymie absolue entre l'extrême beauté et l'extrême laideur que j'ai l'impression d'avoir tout dit sur le sujet. Mais je ne peux jurer de rien, peut-être vais-je avoir une rechute! Le Japon a joué un rôle énorme là-dedans. C'est le pays le plus esthétisant qui soit. J'aime la peinture japonaise et flamande. On a Jérôme Bosch, quand même! Il fait coexister les monstres les plus répugnants et les plus sublimes.


Vous ne semblez pas aimer votre physique. Et vous n'aimez pas les photos.

Pendant mon adolescence, je ne pouvais littéralement pas me voir. Il n'y a pas de secret: des gens m'ont aimée et, du coup, je me trouve un peu moins immonde. Je ne suis pas pleinement réconciliée avec tout ça, mais, maintenant, ça va. Au moins, mon physique correspond plus ou moins à ce que je suis, c'est déjà ça. Quant aux photos, j'aimerais qu'on ne connaisse jamais les visages des écrivains. Or on est centré de plus en plus sur cette chose inintéressante: la gueule des écrivains. Bon, puisque je dois accepter ce mal, autant que j'aie une compensation: miracle, il existe de bons photographes!


Vous avez étudié la philologie romane à l'ULB. En tant que fille d'ambassadeur et membre d'une famille notoire, vous avez souffert d'un préjugé de classe.

Je suis la fille de Patrick Nothomb et je suis folle de joie de l'être, parce que c'est un homme génial. A supposer qu'on puisse reprocher à quelqu'un d'être l'enfant de ses parents, ce qui est quand même singulier, que me reprochait-on? Même à Paris je n'ai pas rencontré de mentalités aussi étriquées qu'à l'ULB - je parle surtout des étudiants. Ce n'est pas un lieu très sympathique. On me regardait comme une cloche absolue, ce que j'étais peut-être, mais j'étais une cloche absolue qui voulait des amis. Je ne savais pas m'exprimer comme il fallait, m'habiller comme il fallait, j'étais ridicule. Et je ne sais pas si, dans la tête des étudiants, j'étais d'extrême droite ou milliardaire, mais il aurait suffi de me regarder pour s'apercevoir que ce n'était pas vrai. Les gens imaginent que j'ai un chauffeur, une rente, que sais-je? Le cul dans le beurre, quoi! Or je n'ai jamais eu d'argent sans travailler pour. Enfin, ce n'est pas une grande découverte que les jeunes, ce n'est pas toujours la tolérance.


Pourquoi avez-vous décidé d'habiter Paris?

Oh, je n'ai jamais rien décidé vraiment. Je vis à Paris une grande histoire d'amour, voilà! Et, littérairement, c'est là que se passent la plupart des choses. Et puis, ce n'est pas l'exil. Je suis belge et j'entends bien le rester. Je reviens très souvent. Quand je pars pour Paris, je me dis que je vais au front. Là-bas, prendre le métro et aller faire les courses, c'est déjà la guerre. A Bruxelles, on a de grands appartements bien chauffés, tout est plus facile. J'appelle ça la pax belgica, la paix belge.


Vous êtes réconciliée avec la Belgique?

Au début, il est vrai, je trouvais ce pays lourd. Je me sentais écrasée. Et je me demande si l'origine de beaucoup de talents belges n'est pas là. On a besoin de se créer une folie pour ne pas être englué dans cette espèce de conformisme épais. Quand on se met à délirer, on délire plus que nos voisins. Je dirais même, sans vouloir faire de démagogie patriotique, qu'il y a plus d'écrivains originaux en Belgique qu'en France. Et l'humour belge est magnifique, beaucoup plus drôle que le français: Philippe Geluck, Stephan Liberski...


Vous aimeriez l'idée d'être de ces écrivains qui restent dans les bibliothèques?

Je serais la dernière des hypocrites si je vous disais que ça me serait désagréable. En même temps, est-ce que mes livres sont un petit phénomène qui va disparaître dans deux ans et demi ou est-ce que ça va rester ? J'ai bien assez d'angoisses à présent que pour me soucier de tout ça. Si l'on me considère juste comme "une lecture facile", pourquoi pas? Je suis pas exigeante. J'ai eu assez longtemps faim, dans les domaines alimentaire et affectif, que le simple fait que l'on dise de moi des choses aussi anodines que "C'est agréable", ce n'est déjà pas mal.
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