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 Le Logographe (1998)

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Sylbao
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MessageSujet: Le Logographe (1998)   9/2/2009, 02:29

Le Centre Culturel Le Botanique accueille les spectateurs d'une spectacle original. Deux personnalités du monde artistique belge se rencontre sur une scène et échangent leurs impressions sur l'œuvre de l'autre : Amélie Nothomb et Christine Delmotte.
Le Logographe est le nom du cadre qui réunit, plusieurs fois l'an les spectateurs de ce type de rencontre.
Voici, ici présentée, l'interview qu'Amélie Nothomb a donnée pour le préparation du spectacle.

Quand vous êtes vous rendu compte de votre vocation ?

Jamais. J'ai vite compris que je n'étais bonne à rien. Depuis que je suis raisonnable, c'est-à-dire, depuis j'ai su que je ne deviendrais pas Martyre, j'ai décidé d'être interprète de français, anglais et japonais, langues que j'avais apprises dans les milieux diplomatiques de mes parents. Après des études de philologie romane, à l'Université Libre de Bruxelles, j'ai pris le premier avion pour Tokyo et je fus engagée dans une grande entreprise japonaise. Ce fut épouvantable et celle-là m'a fait comprendre que ma carrière japonaise était une voie de garage. Si je la prolongeais, je devais accepter d'être malheureuse toute ma vie. Alors, que faire ? J'avais un diplôme de romane, mais je n'avais pas le feu sacré du professeur. D'autre part, j'écrivais des romans pour moi-même, par un malaise pathologique, depuis la découverte de l'Europe, à 17 ans. Avant l'âge de 23 ans, je n'aurais pas imaginé être lue par quelqu'un. Après mon expérience professionnelle au Japon, je suis revenue en Europe, avec, pour la première fois, l'idée que j'allais peut-être y vivre. Que je devais donc gagner ma vie. J'avais économisé assez d'argent, avec mon salaire d'interprète, pour me débrouiller pendant deux ans, le temps qu'il m'a fallu pour trouver un éditeur et faire publier ce qui est mon onzième roman, Hygiène de l'Assassin. En résumé, j'ai vite compris que l'écriture faisait partie de ma vie, mais il a fallu bien du temps pour comprendre que je pouvais en vivre.


Comment sélectionnez-vous les romans que vous destinez à la publication ?

J'écris trois à sept romans par an, je sais que ce chiffre fait rire, et je n'en publie qu'un. Le choix est assez simple. Quand j'ai terminé un livre, je suis prise d'un dégoût total pour lui et je le mets "au frigo" ; j'appelle cela le post coitum.Deux mois après, je le reprends et je juge si je peux le partager avec d'autres humains ou non.


Comment vous est apparue l'Europe quand vous l'avez découverte à 17 ans ?

Elle m'a paru atroce. Je l'avais tant idéalisée à travers mes lectures, "la chartreuse de Parme" par exemple. J'imaginais l'Europe comme une vaste cour de Parme, et j'ai découvert Bruxelles, l'Université Libre de Bruxelles et toutes ces choses là. Vous devinez aisément ma déconvenue ... À cela s'ajoute une très grande solitude. Je n'arrivais pas à me faire des amis. Je ne savais pas de quel groupe musical il fallait parler, ni dans quel langage. Et j'ai trouvé l'Université Libre de Bruxelles fort intolérante et conformiste. J'en étais rejetée en tant que bizarre et en tant que Nothomb. Et dans la famille, je ne parle pas de mes parents, bien sûr, qui sont des gens exceptionnels, je connus le même sort, car je ne correspondais pas au profil de la jeune femme catholique de bonne famille.


Quelle est votre plus beau souvenir professionnel ?

Je ne considère pas qu'être écrivain soit un métier pour moi. C'est mon seul gagne-pain, c'est vrai mais jamais je ne me lève le matin en me disant : "Je vais travailler". Je me lève en me disant : "Je vais vivre, au sens fort du terme". Je jouis de ce luxe magnifique de vivre de ma passion. Alors de bons souvenirs, je n'en manque pas. Écrire quotidiennement pendant quatre heures au moins, c'est le plus beau souvenir que je puisse avoir. Mais des souvenirs merveilleux que je n'aurais pas pu imaginer avant de les avoir vécus, ce sont les innombrables rencontres avec mes lecteurs et les lectrices, que j'ai faites par et à travers mes livres. Je me plaignais de solitude, je suis comblée.


Quels sont vos auteurs préférés ?

Il y en a tant et tant...
Mon Saint Patron est sans doute Diderot, mais il ne peut pas faire l'économie de tous les autres, Proust, Radiguet, Stendhal, Flaubert, Cervantès,...


On perçoit dans toutes votre oeuvre, une influence profonde de l'antiquité. Pouvez-vous nous la préciser ?

Je crois qu'elle est immense. D'abord, dans le genre littéraire : le dialogue, qui existe depuis Platon. Je ne prétends pas que mes dialogues soient platoniciens, car chez Platon, l'un des intervenants est toujours ridicule et ne sert qu'à mettre en évidence la pensée de l'autre. Chez moi, dans Peplum, par exemple, A. N. a des cotés grotesques, bien sûr, mais elle remet de temps en temps Celsius à sa place et réussit parfois à l'ébranler dans ses certitudes. D'autre part, je fais beaucoup des citations latines ou grecques. Certains me traite de pédante, mais c'est au contraire, de l'humilité ! J'ai une culture classique et je sais ce que je lui dois. Si je maîtrise la syntaxe, par exemple, c'est grâce au latin et au grec. Et puisque je reconnais ce que ces langues m'ont apporté, j'aimerais que mon expérience profite à d'autres. Je sais que je suis lue par beaucoup de jeunes et si je peux faire comprendre que le latin et le grec sont loin d'être des choses ringardes et sans intérêt, je suis contente.


Pourquoi avoir appelé un de vos romans les Catilinaires ?

Il y a un parallèle avec Cicéron, bien sûr. Les Catilinaires sont des diatribes agressives cherchant à mettre un envahisseur à la porte. Cicéron, par la force de ces quatre discours, réussira à déjouer la conjuration de Catilina, ce nobliau de province qui menaçait Rome d'un coup d'état. Dans mon roman, il y a aussi un envahisseur et le seul moyen de défense d'Emile est le langage. Mais là s'arrête la comparaison, puisque Cicéron, grand maître de l'éloquence, va tirer le meilleur parti du langage, tandis que le malheureux Emile va sombrer dans le langage comme dans un bourbier, ce qui permettra à son envahisseur de s'incruster davantage, jusqu'à l'extrême fin, où il comprendra qu'il y a des moyens beaucoup plus expéditifs que le langage pour se débarrasser de quelqu'un.


Y a-t-il un personnage historique qui vous ait marqué, auquel vous pourriez vous identifier ?

Je ne m'étais jamais posé cette question. Cela doit être très prétentieux de s'assimiler à un personnage historique. Disons que le destin de Marco Polo me fait terriblement rêver. Découvrir la Chine et terminer dans une prison, c'est magnifique ! Je ne m'identifie pas à lui, cependant. J'ai vécu en Extrême-Orient mais je ne l'ai pas découvert et je ne suis pas encore en prison !


Comment voyez-vous l'avenir de la Belgique ?

Je ne suis pas une grande penseuse politique et je ne pratique pas la prospective. J'ai tout au plus des espoirs. J'espère qu'il restera une seule Belgique. L'idée de se retrouver avec une Flandre d'extrême droite et une Wallonie qui serait un pays sous-développé, ne me tente pas. Dans l'intérêt de tous, il vaut mieux que la Belgique reste unie.


Tant que la Belgique restera unie, vous ne déménagerez donc pas ? Vous aimez Bruxelles telle qu'elle est ?

J'aime beaucoup Bruxelles, même si à 17 ans, et j'ai eu une réaction d'aversion, qui a duré au moins trois ans. J'ai fini par l'aimer car j'ai fini par y faire mon trou, ce qui ne m'était jamais arrivé car avec mes parents, je changeais de pays tous les trois ans. De plus, on est très bien pour y écrire. Il serait logique que je vive à Paris ; mon éditeur, la majorité de mes lecteurs, ma vie amoureuse s'y trouvent, mais je préfère partager mes semaines en deux ; pour écrire je me sens mieux à Bruxelles.


Dans quelle mesure partagez-vous les idées de Prétextat Tach, personnage central de l'Hygiène de l'Assassin ?

Je suis totalement d'accord avec lui. Il porte la moindre de mes idées à son comble, la pureté, par exemple, ce qui le rend monstrueux. Mais il est plus courageux que moi. Je ne partage pas son avis quand il dit du mal des Nègres et des Irakiens, évidemment, mais ses idées sur Sartre ou Céline sont les miennes. Ce qu'il pense des femmes, je le pense aussi, même si j'en suis une.


Et ce qu'il pense des jeunes ?

Oui, j'ai écrit ce livre à 23 ans et les jeunes que j'avais rencontrés à l'U.L.B. notamment me paraissaient très intolérants. Pour être bien claire, Tach, c'est moi. Je suis déguisée en mon contraire, un vieux bonhomme obèse, très célèbre et mourant, pour dire tout ce que je pensais.


Le Sabotage Amoureux est-il autobiographique ?

Totalement. Je n'ai même pas changé le nom des personnages. Je me souviens très bien de mon enfance et de ma petite enfance. Les enfants du monde entier font la guerre, c'est le premier jeu. Le fait que notre guerre ait pris de telles proportions était dû à notre enfermement à Pékin et peut-être au fait que les adultes étaient diplomates et ne vivaient pas comme nous.
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