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 Top Ouest (1999)

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Sylbao
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MessageSujet: Top Ouest (1999)   9/2/2009, 02:34

Une histoire belge à la sauce nippone. Avec "STUPEUR ET TREMBLEMENTS" son dernier roman, Amélie Nothomb nous raconte l'histoire d'une jeune fille occidentale dans une entreprise au Japon. Une histoire qui nous plonge au cœur de la culture d'entreprise nipponne. Un voyage cocasse, souvent drôle et parfois féroce où la romancière belge nous raconte sa propre histoire !
Propos recueillis par Etienne Turpin.


Top Ouest : On est très surpris lorsque l'on lit votre denier roman "Stupeur et tremblements" par le ton enjoué et malicieux de votre écriture mais dans le même temps votre propos est quand même profond.

Amélie Nothomb : C'est une histoire grave, celle d'un individu broyé dans une entreprise japonaise. Chose de plus en plus fréquente aujourd'hui, un phénomène mondial et cela serait trop réconfortant de penser que ça n'arrive qu'au Japon mais c'est raconté avec une légèreté absolue parce que je suis ainsi faite que plus je parle de sujet grave, plus j'en parle légèrement.

TO : Concernant cette histoire, votre histoire car il s'agit de la vôtre, vous voir à la fois résignée et plein de détermination est assez paradoxale ?

AN : Cette histoire m'est réellement arrivée et je suis allée au Japon avec l'idée de devenir japonaise et non pas pour aller faire la révolution.Et le fait de vouloir devenir réellement japonaise, supposait une réelle résignation mais aussi une détermination car je me suis accrochée autant que possible et je n'ai quitté cette entreprise japonaise que quand j'ai compris, à la lumière de mon dernier poste, que vraiment il n'y avait plus d'espoir.

TO : Votre roman est-il plutôt autobiographique ou un pamphlet sur l'entreprise japonaise ?

AN : Ce livre est pour moi d'abord un roman car il s'agit avant tout d'écriture, ce n'est pas un reportage mais de l'écriture avant toute chose. Il ne s'agit en aucun cas d'un pamphlet car cela supposerait que j'ai des comptes à régler avec le Japon. Je n'ai aucun désir de vengeance, ni aucune rancune vis à vis du Japon. Les japonais m'ont traité comme n'importe quelle japonaise alors pourquoi devrais-je leur en vouloir plus que n'importe quelle japonaise? C'est même d'une certaine façon, un honneur que d'être traité comme une japonaise !

TO : L'entrée dans la vie active japonaise semble très rude ou est-ce un "traitement de faveur" que l'on vous a accordé en tant qu'européenne ?

AN : Non que vous soyez japonais, belge ou bien martien, il y a un côté fortement égalitariste dans l'entreprise japonaise. Que vous soyez libanais, japonais, fils d'ouvrier ou fils de dirigeant, vous y entrez nécessairement par le bas et vous y passez nécessairement les deux premières années à se faire humilier. Je ne dis pas que certains facteur entrent en compte, il est certain qu'il vaut mieux être un homme et japonais, mais on se fait casser les deux premières années, c'est une sorte de bizutage indispensable pour devenir un jour une bonne brique dans le mur de l'entreprise.

TO : On peut alors inverser le propos en disant que c'est vous qui ne vous adaptez pas à l'entreprise japonaise plutôt que de la condamner ?

AN : Je suis tout à fait d'accord mais les torts sont partagés.Pour m'adapter dans cette entreprise, il aurait fallu que je me suicide intérieurement et que je renonce à toute ma personnalité. Je pense que ça n'est pas une bonne idée mais c'est vrai qu'un japonais en aurait été capable, lui il l'aurait fait.

TO : C'est tout de même curieux d'embaucher des gens et de ne pas leur affecter de tâches ?

AN : Oui, tout à fait et cela prouve bien que le but premier de l'entreprise n'est pas le profit. On a souvent tendance à croire ici que les japonais cherchent à faire du profit mais ça n'est pas vrai. C'est plutôt une obsession américaine ! Le but premier de l'entreprise japonaise est de créer une espèce de tissu social plus ou moins harmonieux, le profit étant presque un mal nécessaire.

TO : Et, vous sur quels critères avez-vous été recruté à l'époque ?

AN : C'était en 1990 pendant ce qu'on a appelé la "bubble economy" : l'économie la plus prospère du Japon avant la crise, on était dans le plein-emploi, il était donc très facile d'être embauché dans une entreprise. Forte de mon trilinguisme, ce qui au passage est une sacré vertu au passage car les japonais sont bons en tout sauf en langues. En fait j'avais passé des entretiens pour devenir interprète et non traductrice... j'ai atterri ailleurs.

TO : Est-ce une période noire de votre vie ?

AN : Non je ne l'ai jamais regretté ! J'ai tellement appris durant cette année entière passée dans l'entreprise, j'ai tellement appris sur l'entreprise japonaise et le Japon en général, et sur moi-même en particulier que je n'aurai pas voulu faire l'économie de tout celà !

TO : Vous le dîtes à la fin de votre roman, il a fallu attendre 8 ans avant que vous rédigiez "Stupeur et tremblements", le temps de la maturation ?

AN : C'était le temps nécessaire à la digestion. si j'avais écrit ce livre tout de suite après effet, c'est-à-dire en 1991, ce livre eut été totalement différent et doloriste.Si ce livre est léger, allègre et assez drôle je crois, c'est justement parce qu'il y a eu ces 8 années de digestion. Cette expérience a été tout de même assez douloureuse.

TO : Lors d'un épisode croustillant avec la venue d'un batave dans votre entreprise japonaise, vous dénoncez même un certain racisme nippon vis-àvis des européens ?

AN : Tout à fait mails il ne faudrait pas tomber dans le genre de généralisation odieuse du style "les japonais sont racistes". Bien-sûr que non mais il y a du racisme au Japon comme il en y a chez nous. Disons qu'on retrouve chez beaucoup de Japonais une certitude, une conviction d'appartenir au peuple élu avec cette idée latente où les autres peuple de la terre ou les autres races sont inférieurs et on le sent au Japon !

TO : Justement en parlant du Japon, comment pensez-vous que votre livre sera perçu ?

AN : Il faudra déjà qu'il soit traduit et cette opération va nécessiter du temps. A l'heure actuelle, trois maisons d'édition tokyoites se disputent les droits de mon livre, il est donc certain que le livre sortira au Japon et à Tokyo. Il est en revanche beaucoup moins certain que j'aille le défendre à Tokyo car je ne suis quand même pas masochiste !

TO : C'est vous qui aller le traduire ?

AN : J'en serai tout à fait incapable car je suis une analphabète japonaise : c'est une langue que je parle mais que je ne lis pas et que, donc, j'écris encore moins !

TO : Mlle Mori est avec vous l'un des personnages centrales de votre roman. Un personnage haut en couleur à la fois grande, belle et machiavélique, est-elle vraie que malgré un portrait peu à son avantage, elle vous a envoyé ses félicitations ?

AN : C'était pour mon premier roman car je pense que si elle lisait le dernier livre, elle ne m'adresserait pas ses félicitations. Tous comme les autres personnages, je crève de trouille à l'idée de recevoir un de leurs avis un jour !

TO : Un des faits les plus paradoxal, c'est que vous partez faire carrière au Japon, vous revenez et vous faîtes carrière comme écrivain, c'est cette expérience qui a nourri votre plume ?

AN : Non, vous savez j'écrivais déjà auparavant mais jamais je n'aurais songé à en faire un métier. Je ne m'étais jamais beaucoup posé de questions par rapport à mon métier vu que de par mon bilinguisme, depuis ma naissance je parle français et japonais, et ensuite de par mon trilingusime (j'ai appris l'anglais), je ne voyais pas pourquoi aller plus loin car il n'y a quand même pas beaucoup de gens qui parlaient ces trois langues, je ne pouvais qu'être interprète dans une grande entreprise japonaise. Or, je ne suis pas bonne à grand chose ! Comme le japonais avait foiré et qu'il fallait que je fasse quelque chose de ma vie, je me suis dit ma chère essaie l'autre corde à ton arc... Et quand on sait que seulement 1% des écrivains vivent de leur plume, c'est en partie au japonais que je le dois car leur gigantesque coup de pied au derrière m'a forcé à publier mes écrits de façon à ne pas finir clocharde !

TO : Vous êtes un écrivain très engagé, indépendant et très critique vis à vis des institutions littéraires, comment gèrez vous ce grand prix du roman de l'académie française que vous avez reçu récemment ?

AN : Je n'essaye pas de gérer tout ça, je le vis comme je peux sans mentir à personne. Il se trouve que en dépit de tout ce que j'avais pu dire contre, entre autres l'Académie Française, j'ai reçu le prix de l'Académie Française ! Je n'allais pas le refuser, cela eut été assez tapageur. Cela m'a fait plutôt plaisir et je crois savoir que je suis la première "ex-Madame Pipi" à recevoir un prix de l'Académie Française. Concernant mes projets, j'ai énormément de manuscrits de roman mais je n'ai pas forcément l'intention de les publier. Écrire et publier sont deux démarches bien distinctes et l'une n'entraîne pas forcément l'autre !
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