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 Questions d'internautes, Le Monde (2009)

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Sylbao
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MessageSujet: Questions d'internautes, Le Monde (2009)   8/9/2009, 22:29

L'intégralité du débat avec Amélie Nothomb, mardi 8 septembre 2009



Franzbiberkopf : Espérez-vous avoir enfin le Goncourt cette année ?

Amélie Nothomb : Non, pas du tout. Je serais très contente de le recevoir, mais j'ai désormais la conviction que cela ne m'arrivera jamais.

David_Miodownick : Quel avenir pour l'art littéraire à l'ère du numérique?

Je suis sûre que la littérature et le numérique peuvent faire très bon ménage. Je ne sais pas encore comment, mais je suis persuadée que la solution existe.

petit-taf : "Mais les auteurs comme Nothomb, par exemple, qui publient un livre par an, il est évident qu'on ne les suit pas dans toutes leurs publications", souligne Raphaëlle Rérolle dans le chat concernant la rentrée littéraire. Que pourriez-vous lui dire pour qu'elle change d'avis ?

Je ne souhaite pas qu'elle change d'avis, je trouve son attitude totalement légitime.

Julie : Dans Le Voyage d'hiver, le narrateur se prénomme Zoïle, en référence à ce critique littéraire lynché par la foule qui ne supportait plus ses attaques contre Homère. Doit-on ici lire le fantasme d'un écrivain, en l'occurrence vous, qui fut souvent éreinté par la critique ?

Heureusement, je n'ai pas encore atteint le stade où je me prends pour Homère. Mais l'argument de Zoïle pour pourfendre l'œuvre homérique m'amuse beaucoup. Il accusait l'Illiade et l'Odyssée de ne pas être vraisemblables. Comment ne pas rire de constater qu'au Ve siècle avant J.-C., de tels arguments avaient déjà cours ?

Hypokondriak : Le terrorisme pourrait-il être, à votre sens, le déguisement (ou la galvanisation) "politique" d'une envie "personnelle" frustrée ?

Je pense que c'est souvent le cas. Je n'ai jamais eu de contacts personnels avec des terroristes, mais aucune revendication politique d'un acte de violence ne me paraît crédible. J'y vois l'expression d'une haine pure, qui trouve probablement sa source dans la frustration.

porc77 : Où trouvez-vous les noms de vos personnages ?

Ils existent tous. Je les trouve dans l'Encyclopédie du XIXe siècle.

franzbiberkopf : Bonjour, avez-vous par hasard repéré un bon roman à lire pour cette rentrée litterraire ?

J'en ai repéré plusieurs. Jan Karski de Yannick Haenel, Trois femmes puissantes de Marie NDiaye, Le Club des incorrigibles optimistes de Jean-Michel Guenassia. Et j'ai l'intention d'en lire encore beaucoup.

yvesgui : Quelle est votre définition de l'"autofiction"? Est-ce obsolète?

C'est une terminologie que je ne maîtrise absolument pas. Je crois n'en avoir jamais écrit, et n'ai rien à dire sur ce sujet.

Olivier : Bonjour, je souhaiterais connaître les conseils qu'Amélie pourrait donner à un jeune écrivain pour réussir à se faire éditer, si ce n'est, bien sûr, la persevérance. Merci !

Le meilleur conseil, c'est de ne jamais écouter les conseils. Si j'avais écouté les innombrables conseils qu'on m'a donnés, je ne serais certainement pas là où je suis.

marzou_1 : Si comme dans Les Catilinaires vous deviez jeter l'un de vos ouvrages au feu pour vous chauffer, quel serait-il ? Et pourquoi ?

Je trouverais plus juste de jeter leur auteur au feu que de jeter cette malheureuse progéniture, qui n'y est pour rien.

David_Miodownick : Quelle est votre oxygène littéraire ?

Alexandre Vialatte, Alphonse Allais, Jean Giono.

David_Miodownick : Nicolas Sarkozy est-il un bon personnage de roman ?

Probablement. Mais je n'ai pas encore essayé. Mais c'est vrai qu'on peut facilement l'imaginer en personnage de roman.

franzbiberkopf : Que feriez-vous d'autre si vous arrêtiez d'écrire ?

Il faut espérer que je n'arrête jamais d'écrire, car les conséquences planétaires pourraient être graves !

David_Miodownick : La France n'est-elle pas prisonnière de ses "classiques"?

Mais pas du tout ! Grâce à ses classiques, la France offre un espace littéraire d'une richesse sans équivalent. C'est comme en architecture : plus les fondations sont solides, plus l'immeuble peut gratter le ciel.

Agya : Bonjour, est-ce que vous avez des projets d'adaptation cinématographique en cours d'un de vos livres ou directement allez-vous écrire des scénarios ?

Je n'écrirai jamais directement des scénarios, car ça ne s'improvise pas. Mais il y a un film en préparation à partir de Ni d'Eve ni d'Adam. Ce sera un film belge.

Fred : Etes-vous taxe carbone ?

Je ne me suis pas assez posé la question. Je vous promets d'y réfléchir.

Aliénor : Vous publiez un livre par an sur les quatre livres que vous écrivez ? N'est-ce pas trop un livre par an ? N'avez-vous pas l'envie parfois d'espacer les publications ?

Je ne m'en lasse pas. Et il semblerait que les autres non plus. Tant qu'une histoire d'amour marche, je suis pour.

Zaza : Que faites-vous des manuscrits que vous ne publiez pas ? Les gardez-vous ? Si oui, pourquoi ?

Je les garde, car ils sont autant mes enfants que ceux que je publie. Je les aime autant que ceux que je publie. Je les cache dans des armoires.

gramsci : Vous excellez dans l'art de l'autobiographie, à quand votre prochain opus japonais ?

Merci. Je n'en ai aucune idée. Mais je crois que tous mes opus sont japonais. Il y a une logique japonaise chez mes personnages.

titicarabi : vous avez dit mon mari en parlant à Beidbeger il y a quelques jours. Etes vous vraiment mariée ou par forfanterie ce soir-là vous avez joué ensemble au jeu du duo ?

C'est un jeu purement médiatique. Passer à la télévision est un exercice très ennuyeux : on s'amuse comme on peut.

Caroline : Qu'avez-vous pensé du dernier roman de Fréderic Beigbeder?

Je l'ai beaucoup aimé. Il est agréable et émouvant.

Lio : Une amie visite le Japon en ce moment. Quel est l'impair à éviter absolument ?

Il ne faut pas admirer trop manifestement les vêtements de ceux que vous côtoyez, sinon ils se sentent obligés de vous les offrir. Sauf si vous voulez être grossière et les recevoir pour de vrai.

vinhsoonta : Que pensez-vous de la littérature dite "vacancière" type Marc Lévy ?

Pourquoi pas. Ça ne me dérange pas. J'ai l'impression que ça ne nuit pas. J'avoue n'en avoir jamais lu.

Ogre_Mou : Vous êtes Belge – comme beaucoup d'artistes français, finalement – que pensez-vous de la France, de son milieu artistique, de ses grands (et petits) hommes ?

C'est à la France que je dois tout. Je suis belge et me revendique comme telle, mais mon succès aurait été impossible en Belgique. Dès lors, je ne peux que me montrer reconnaissante et admirative envers un pays qui a bien voulu d'une inconnue totale.

chaoursonne : Etes-vous triste de la situation politique en Belgique ?

Je suis très triste de cette situation, mais pas désespérée. Souvent, un couple en instance de divorce doit renoncer à sa séparation par manque d'argent. C'est peut-être ce qui va se passer.

django : Existe-t-il, selon vous, des recettes imparables pour faire un succès littéraire ? Et en usez-vous ?

Personnellement, je n'en connais aucune, et je n'y crois pas.

arbolito : Bonjour. Je n'ai rien lu de vous depuis Mercure ; quel livre de vous pourriez-vous me conseiller de lire ?

Je n'ai pas d'enfant favori. Il faudrait que je connaisse mieux votre personnalité pour vous conseiller.

Caroline : Est-ce que vous écrivez pour un public en particulier ou pour vous-même?

J'écris d'abord pour moi-même, ensuite pour tout le monde. Viser un public particulier me paraîtrait une démarche méprisante. Je connais une partie de mon public, et je vous confirme que c'est tout le monde.

Maxime : Qu'avez-vous retenu de vos études à l'Université libre de Bruxelles?

Beaucoup de choses. C'est une très bonne université, et le programme de philologie que j'y ai suivi m'a apporté une culture européenne sans laquelle je n'aurais pas d'identité.

vinhsoonta : Désireriez-vous retoucher à vos livres, les corriger, après leur publication ?

Absolument pas. Ce sont vraiment mes enfants. Je les aime avec tous leurs défauts.

Nadine : Est-ce que le succès vous a déjà effrayé ?

Oui. Mais je suis quand même capable de voir que c'est avant tout un privilège extraordinaire.

Olivier : Diriez-vous qu'au début l'écriture peut-être perçue d'abord comme une contrainte qu'on s'impose, puis une habitude qu'on apprécie avant de devenir une drogue dont on ne puisse plus se passer. Est-ce votre cas ?

Non. Ca commence comme un besoin, et ça continue comme une drogue.

edelweiss : Si Nothomb n'était pas Nothomb, quel écrivain (écrivaine) souhaiteriez-vous être ?

Alfred Jarry. Pour tirer des coups de revolver à la Closerie des Lilas.

galop : Dans une tribune publiée dans Charlie Hebdo, vous avez déclamé fortement contre les internautes qui tuent la culture. Que pensez-vous de la loi Hadopi et, plus généralement, de la culture numérique ?

Je n'ai jamais fait une telle déclaration. Ce texte était un manifeste contre les lettres anonymes sur Internet. Ça se limitait à ça. Cette prise de position ne me donne aucune lumière particulière sur la loi Hadopi. Et je vous confirme que je n'en ai pas.

edelweiss : Est-ce que vous pratiquez souvent l'Internet ? Avez-vous des sites, des blogs préférés ?

Je ne possède pas d'ordinateur. Quand je suis face à un ordinateur, je suis incapable de l'allumer. A plus forte raison, j'avoue qu'Internet m'est totalement étranger. Je suis venue faire ce chat au journal Le Monde un peu comme Marco Polo irait visiter la Chine.

Nadine : Le marché de l'édition est-il vraiment obstrué, ou est-ce un mythe destiné à décourager le plus grand nombre de tenter leur chance ?

Option n° 2. On essaie de décourager les gens, mais il reste de la place.

Giovann: Quel est le pire ennemi d'un écrivain ?

Lui-même, bien sûr. Rien n'est pire que la cinquième relecture de son propre texte. C'est celle où on ne se supporte absolument plus. Si on peut résister à cette cinquième lecture, on peut résister à tout.

laurent : donnez-moi envie de lire votre dernier livre en une phrase.

Ce n'est pas mon métier. Je ne suis pas là pour susciter le désir qui, de toute façon, est impossible à susciter.

chuck125 : Si vous partiez sur une île déserte seule, quel seul disque et quel seul livre emporteriez-vous avec vous ?

Le seul disque, ce serait Le Voyage d'Hiver, de Schubert. Et le seul livre, ce serait Don Quichotte, de Cervantes.

phil : Que répondez-vous à celles et ceux qui vous traitent de "folle" ?

Ils ont peut-être raison.

winterreiser : bonjour Amélie, croyez-vous réellement que l'échec amoureux n'existe pas ? Votre dernier roman n'est-il pas le récit d'un échec amoureux ?

Non, c'est le récit d'une catastrophe amoureuse. Un échec est une expérience qu'on regrette. Je pense qu'on ne peut regretter aucun amour, si catastrophique soit-il.

Homère : Diriez-vous que les êtres passionnés, les amoureux, sont d'une certaine manière des terroristes ?

Non. La phrase peut paraître séduisante, mais les agissements d'Al-Qaida ne présentent aucune analogie avec des comportements amoureux.

marc : Pourquoi est-ce si important de publier un livre chaque année à la même date ?

Pour que les gens connaissent la date. C'est un procédé mnémotechnique à l'usage des francophones.

Zioruto : Avez-vous gardé contact avec votre vie japonaise ?

Ma vie japonaise ne veut plus de moi. Je suis devenue persona non grata au Japon. Je me console en mangeant des algues. Beaucoup de Japonais ne m'ont pas pardonné Stupeur et tremblements. On me demandait sans cesse de me justifier.

edelweiss : N'avez-vous jamais eu la tentation de publier un de vos "enfants", enfermés dans une armoire, un tiroir, sous un pseudonyme ?

Ça m'est déjà passé par la tête. Mais mon éditeur m'a expliqué qu'aujourd'hui plus aucun pseudonyme ne résistait aux enquêtes.

Senegal : La mort de Michael Jackson vous-a-t-elle inspiré quelque chose ?

Pas encore. Pourquoi pas ?

Nadine : Combien de refus d'éditeurs avez-vous essuyé avec votre premier manuscrit ? Votre sentiment lors du coup de fil annonciateur de bonnes nouvelles ?

J'ai reçu un refus, celui de Gallimard. Albin Michel fut mon second essai. Quand cet éditeur m'appela pour me publier, j'étais si extatique que je n'avais plus de voix.

Salade : La question que vous aimeriez qu'on vous pose ?

Aimez-vous les caramels mous ? J'adore, mais je préfère les durs.

Bob : Pouvez-vous nous dévoiler le thème de votre prochain roman ?

Non, c'est secret, même mon éditeur n'est pas au courant.



Christine Rousseau
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